31.10.2006

Interieur

 Un nouveau jour s’était levé, cristallin, irisé.
La chaleur semblait comme parvenue à ses propres limites, expulsant d’elle-meme sa moiteur dense, repoussant vers le lointain sa masse de vapeur uniforme.
Une aube perlée pourrait émerger de la nuit, pour que se dessinent enfin les formes confuses des bois, les arbres des jardins, le paysage assoupi et gris, avec ses horizons bruns, mauves, lilas ou noirs, lugubres trainées de deuil.
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30.10.2006

Glass

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29.10.2006

Texte fantome

Costume blanc cassé, col maculé de tacons de gras de cou, la poussière brunâtre de l’été humide teinte le bas de son pantalon trop long, ses chaussures dépareillées sans lacets tournoient sur le plancher craquelant du Goat Castle. Dick Dana est assis sur un siège bas et allongé en velours pourpre râpé. Il roule une cigarette d’un tabac épais et capiteux. Quelques chats lascifs s’entre-poursuivent devant lui, Dana grogne et allume sa cigarette.
Le Général Robert E. Lee était un proche du père de Dick Dana. Il avait vécu dans la demeure familiale quelque temps et y avait laissé une partie de sa bibliothèque, ainsi qu’un petit bureau en ébène sur lequel était peint en trompe-l’œil un paysage provençal riant et criard protégé par une fine lame de verre bleu tiède.
La compagne de Dick Dana avait transformé la bibliothèque en une gigantesque basse-cour. La partie autrefois la plus calme de la maison était devenue l’estrade d’un orchestre de caquetages et piaillements permanents. Dick Dana aimait à écraser ses cigarettes sur les merdes de poule qui recouvraient presque totalement la précieuse peinture qui ornait jadis le plat oval du petit bureau. La symphonie pastorale mièvre qu’offraient des illusions de profondeur sur une surface peinte avait été remplacée par une scène incongrue : la lavande cohabitait désormais avec des petites montagnes de fiente dodues, dont les massifs bruns et blancs donnaient une tonalité alpine à la sécheresse de l’été des bas terroirs français. Entre deux petits tertres gris, on pouvait encore apercevoir le pastel d’un ciel bouillant du Midi, à la lisière du champ mauve, une poule pressée avait lâché comme une petite muraille de Chine, conférant alors à l’ensemble une portée universelle. Des petits tubes de tabac brun trônaient avec majesté sur les monticules de déjections aviaires, tels de petits fourneaux éteints posés sur des terrils de houille grasse mêlée à de la neige sale. Le regard mélancolique de Dick Dana était alors perdu dans les tourments de ce paysage européen lorsqu’une main vint se poser sur son épaule.
Une chèvre affairée à rogner un pied de lit, une poule qui tourne en rond sur le bureau, une colonne qui s’effondre dehors, le lichen qui verdoie dans les jointures du parquet, Dick Dana qui sursaute, qui sourit, tête baissée, main gauche gantée.
Dick Dana éteint sa cigarette et se laisse emmener par l’officier chargé de l’emmener au poste. Octavia Dockery pleure, elle chiffonne nerveusement le bas de sa robe bleu-claire rapiécée. Elle est assise dans l’entrée. Un halo rosâtre la cerne, auréole lumineuse diffuse, cercle brumeux de poussière qui retient les rayons vifs qui filtrent au travers de la porte. Dick Dana descend les escaliers, il marmonne quelque chose qui fait rire Octavia. Une chèvre grimpe sur le sofa, la porte restera ouverte. La clef est perdue depuis bien longtemps.
Mouvement ample du bras droit, menton relevé, regard acéré, Octavia Dockery proteste, crie et insulte copieusement le glaireux qui lui fait la morale. Jamais eu d’armes à la maison, mais l’autre d’à coté, elle tirait à vue sur mes moutons et mes chèvres, comment j’fais mon fromage moi après, avec d’la merde de poule, tu m’dis ?, avec d’la merde de poule ?, toi, tu m’regardes pas comme ça, tu m’regardes pas, on fait d’mal à personne, j’veux pas te voir chez moi, c’est scandaleux, tu sais pas qui je suis, t’sais pas qui j’étais, tire-toi, dehors, dehors… Une vapeur lourde émane du fleuve, une chape de brume chaude coule le long de l’herbe jaunie, des petites colonnes de moustiques tourbillonnent près des cyprès qui bordent l’étang assoiffé. Un vent tiède plaque la sueur sur les fronts, des auréoles bleutées s’étendent dans les plis des chemises, une odeur d’oignon frit et de vase sèche monte lentement des mouvements ralentis des protagonistes de la scène.
La troisième colonne est tombée il y a deux mois, lors d’une tempête qui força Dick Dana et Octavia Dockery à bouger leurs lits dans ce qui fut autrefois le salon. Dana dormait sur une grande table sur laquelle il avait disposé d’épais rideaux de velours, le grand lit Premier Empire étant réservé aux chats.
Des côtes de chèvres afumées avaient été mises à sécher dans la chambre. Le plafond troué laissait le soleil passer, de larges cônes lumineux baignaient les carcasses rances des animaux morts que Dana entassait dans une commode sans tiroirs qu'il avait renversé. Commode offerte à son père par Charles A. Dana, sous secrétaire au trésor du président Abraham Lincoln, accessoirement éditeur du journal New York Sun et opiomane sodomite.

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25.10.2006

Voyages en librairie

D’Est en Ouest, sur quelques librairies roumaines (texte paru dans l'ouvrage collectif Ici, La-bas edite par la librairie Meura)

  

1999, Galati.

Ville labyrinthe située aux frontières de l’Ukraine. Les parois des immenses couloirs qui la composent sont faits de blocs de béton sertis de petites fenêtres. Poussée par un énorme complexe sidérurgique vers le Danube dans lequel, à force, elle devrait tomber, Galati est un mélange de vieux quartiers démolis et poussiéreux où l’on rencontre, parfois, l’épave d’une boutique juive des années 30 ou une église de guingois, d’immeubles droits et jaunâtres, de parcs ombragés, de routes infernales et bondées. Dans le cœur de ce dédale de bruits et de ciment, sur le côté droit d’un rectangle de trottoirs, apparaît, pour le promeneur patient et attentif, une grande vitrine où s’ébattent d’énormes plantes tropicales au pied desquelles sont disposés des romans, des recueils de poésie, un atlas universel, des stylos à bille et des cahiers neufs. À l’intérieur de cette librairie inactuelle appartenant encore à l’état, quatre femmes en blouse bleue rangent, dépoussièrent, comptent les ouvrages, l’une d’elles écoute la radio, absente. Sur une grande table sont disposés différents journaux d’auteurs : celui de Liiceanu, le Journal de Paltinis, relatant son aventure culturelle avec le philosophe Noica durant les années de plomb communistes, celui de Steinhardt, le Journal de la Félicité, flamboyant testament littéraire où se dessine une vie passée dans les prisons politiques, celui de Sebastian, Journal, 1933-1944 où une autre Roumanie émerge, fasciste, cette fois. J’en tire un de la pile, je me dirige vers la table où il y a la boîte pour mettre l’argent et un carnet beige. Un quart d’heure plus tard, une dame daigne venir. Elle me jette un regard irrité, comme si je lui avais demandé de décrocher le lustre pendu à cinq mètres de hauteur, puis, tout de même, j’acquiers pour une somme infime un ouvrage fabuleux, véritable passage vers une strate historique ténébreuse, dans un Bucarest incertain, dans un monde littéraire malade.

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2000, Bucarest.

Boulevard Maghieru, l’une des artères principales de la cité illogique. Malgré le froid, des dizaines de vendeurs de livres d’occasion proposent toutes sortes d’ouvrages posés à même le pavé. Derrière eux, le JR de la série Dallas fait de la pub pour le pétrole russe sur une immense affiche. Sous la tête de JR se trouve l’entrée de la plus grande librairie roumaine. Quelques livres étrangers, des disques, des nouveautés, trop de monde, trop de livres, pas de choix. Je traverse la rue et tombe sur un écriteau jaune collé sur une grande porte de chêne qui indique la présence d’ouvrages anciens derrière elle. Dans un calme absolu, un vieux monsieur lit devant son bureau. Je trouve le Bucarest de Paul Morand en édition originale. Le vieil homme me sourit, m’explique que Morand vécut à Bucarest, qu’il fut l’ambassadeur de Vichy en 1943, et que lui-même l’avait vu une fois, près du restaurant Capsa. L’homme prend son temps pour me donner des détails sur la capitale, telle qu’elle était pendant la seconde guerre mondiale. La visite de la ville perdue à laquelle me conviait Mihail Sebastian dans son Journal se terminait dans cette ancienne librairie, où, pendant une courte période, un vieil homme faisait parler les décombres de son passé.

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2001, Baile Herculane.

Au milieu des hôtels fermés depuis des décennies, sous une galerie dont le plafond fut peint lorsque la famille royale venait dans cette petite ville thermale, au début du siècle, se tient une librairie obscure, toute de bois sombre, retranchée derrière un arbre centenaire. Un jeune homme barbu, le propriétaire, est assis sur un tabouret, cigarette à la main. Des livres de philosophie se condensent sur les rayons, des livres d’histoire siègent au milieu de la petite pièce au fond de laquelle un nombre impressionnant de romans sont entassés. Perdue aux pieds des Carpathes, dans un décor de restaurants déserts et clos, de magnifiques thermes délaissés, surplombant un petit parc, une librairie spécialisée reçoit ses clients. Après une longue fouille fructueuse, je trouve quatre ouvrages français identiques, le Hegel et la société de Lefebvre et Macherey. C’étaient les seuls ouvrages disponibles dans cette langue, le libraire ne savait plus comment ils les avaient reçus.

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2004, Galati.

La librairie centrale a fermé. On y vend désormais des aspirateurs et des fours à micro-ondes bien plus rentables que le papier imprimé. Les autres libraires ont fait faillite, les cinémas vont aussi fermer, à part, peut-être, celui du centre-ville. La librairie Republica a diminué sa surface de moitié et ne vend plus que le strict nécessaire : almanachs de 1977, livres de coloriage, crayons et jouets importés de Chine. On dit en ville qu’une nouvelle librairie va bientôt ouvrir ses portes bientôt. Elle sera située dans une cave, sous une épicerie.

La matière du passé : notes sur le Miroir de Tarkovski

Il s'agit d'un bout d'article sur le Miroir de Tarkovski, jamais terminé. Je l'abandonne tel quel, sans introduction, sans conclusion, dans la boite de conserve, afin qu'il se noie dans les eaux troubles du fleuve. A travers Tarkovski, je trace aussi les lignes de mon propre projet. Histoire de mettre mes affaires au clair... (cela fait parti des machins publiés ou non qui devraient s'aligner sur le blog).

 

Tarkovski, avec son film Le Miroir, propose une tentative de restitution des souvenirs d’enfance, une tentative de construction biographique où divers fragments temporels se rencontrent pour créer une forme de pensée inédite. Les images de la maison où le cinéaste passa son enfance croisent celles du passé reconstitué, par les moyens de la fiction, d’une mère délaissée par un mari parti à la guerre ou encore celles d’archives de la traversée de la « Mer putride » par les soldats de l’armée rouge en 1943. Le lien entre ces images n’est jamais causal, l’ordre créé est sensible : la cohérence de l’ensemble s’établit par des correspondances plastiques entre les diverses images. Une attention particulière du regard sur le moindre détail, la lenteur des plans permet à la mémoire de dessiner son propre portrait au travers des souvenirs mêlés aux images fictionnelles (celles, par exemple, de cette pièce qui s’écroule, avec ses murs décrépits sur lesquels l’eau coule, on retrouvera de superbes images de décomposition dans de nombreux films, notamment dans Stalker). Le montage fait se succéder des « pressions de temps » hétérogènes pour établir une durée. En effet, l’impression d’être en face d’un moi qui « se laisse vivre » sans « établir une séparation entre l’état présent et les états antérieurs » (Bergson, Essai sur les données immédiates de la conscience) laisse apparaître une forme de temporalité propre à la vie, proche de celle que Bergson appelle la « durée pure » : le dispositif d’observation et de rendu total de cette observation « organise » les différents états, présents et antérieurs, de manière non hiérarchisée (l’état présent et l’état antérieur se « fondent » sans s’oublier l’un l’autre et sans s’absorber consciemment à « l’idée qui passe » ou l’idée passée). L’ensemble de ces fragments est « comparable à un être vivant dont les parties, quoique distinctes, se pénètrent par l’effet même de leur solidarité » (Bergson, same book) : la « pénétration mutuelle », l’ « organisation intime d’éléments » fictionnels ou picturaux, conçus en termes d’états de conscience recomposés (ceux du souvenir), permet à la durée du moi intérieur (la « durée qualité » bergsonienne) de se présenter. Une temporalité intime, proche de celle du rêve (Pensons aux remarques de Bergson sur le rêve nous plaçant dans les conditions d’appréhension de la durée pure, dénuée de toute pénétration dans l’espace (et inversement), où nos « instincts confus » prennent le pas sur notre conscience réflexive), traverse une pensée du réel fragmenté : l’apparente multiplicité des images s’efface lors de la lecture de l’ensemble (quoique cet ensemble nous dépasse et se dépasse) dont les affinités qualitatives parviennent à dévoiler une partie méconnue du réel.

 

La méfiance pour la réception codée du réel n’est pas le seul moteur d’une écriture « désarticulée » : il s’agit d’un point de vue admis sur le vraisemblable, d’un souci de retranscription d’une réalité telle qu’elle est, ou plutôt telle qu’elle apparaît. Si « nous sommes tous de lopins et d’une contexture si informe et si diverse » (Montaigne), à quoi bon ranger causalement son passé pour le faire tenir dans une ligne qui s’apparenterait à une destinée ? La défiance de Tarkovski envers les discours démonstratifs est notoire ; le discours causal semble transmettre une métaphysique du sujet qui s’idéalise dans une mathématique abstraite. L’objectivité factice du réalisme, « Le monde comme si je n’étais pas là pour le dire ». Cette crise de la représentation mise en scène par Tarkovski aboutit à un remaniement des possibilités de liaison entre le mot et son objet et porte l’interrogation sur l’irréalité du donné immédiat.

 

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24.10.2006

Newson

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23.10.2006

Marbre

Vagabondage forcé dans la boite de marbre.

Les mots ne répondent plus à l’appel de la mémoire.

Que fait donc la petite morte couverte de toiles soyeuses ?

Sa vie aussi sèche qu’une pierre.

Sa vie aussi courte qu’un souffle, jamais ne fut happée par la grande roue historique, la raison universelle engloutit les petites vies, comme le cotton candy fondait dans leurs bouches un mercredi soir à la ducasse de Sin-le-Noble.

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20.10.2006

No

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Changement

Une fois n'est pas coutume de remettre les aiguilles a leur place comme dit le proverbe.

Je mets sur cette page une lettre que j'ai envoyee au Monde Diplomatique pour dire tout le bien que je pense de l'article qu'ils ont fait paraitre sur "Superman et le 11 septembre". Sans etre fanatique de ce journal, c'est tout de meme en lecteur assidu que j'ai fait parvenir ce courrier, surtout pour me rejouir de ce changement dans leurs colonnes d'habitude plutot fermees a ce type d'analyse politique et sociale du champ artistique, qui plus est celui du cinema.

Si vous avez apprecie cet article, je vous recommande d'ecrire a secretariat@monde-diplomatique.fr. J'explique donc en quoi cet article me parait important. Je vais mettre aussi sur la page, entre quelques photos, d'autres commenatires ayant trait a la politique americaine que j'ai dissemines ca et la.  Ca brisera l'unite du Mississippi en Conserve, un petit peu et pas longtemps. C'est pas le genre de la maison, mais on va dire comme le proverbe : des fois il faut mettre de la moutarde sur les frites.

 

Bonjour,
Je tenais à vous écrire à propos du surprenant article « Superman et le 11 septembre ». Il est bon de voir que le Monde Diplomatique ouvre ses pages à des analyses politiques et sociales de productions culturelles (chose trop rare dans vos colonnes) : le dossier 11 septembre se trouve ainsi renforcé par une approche claire d’une frange importante de la culture populaire américaine (et mondiale) qui permet de cerner de manière sensible les enjeux de l’après 11 septembre.
Mis à part certains raccourcis (la place de Capra à mon avis trop peu explicitée rendant le parallèle ambigu… sûrement faute de place), cet article s’inscrit dans une analyse de fond nécessaire à la fois sur le plan du champ cinématographique et sur celui de l’analyse politique américaine.
Il est fortement appréciable de voir apparaître dans vos lignes une vision rénovée du cinéma, enlevant la dimension sacrée de l’esthétisme des images pour parler du contenu idéologique des formes standardisées du cinéma américain. Cette vision a sa place dans le Monde Diplomatique dans la mesure où elle permet une approche démythificatrice d’un genre, le cinéma américain, que la critique française d’hier et d’aujourd’hui a sacralisé, fétichisé au point d’en faire un objet de culte intouchable, un bijou de collection dont on peut détailler la moindre image, la moindre parole tout en s’abstenant de jugement politique ou historique. On peut se targuer d’être conscient de l’impact des images cinétiques sur notre conscience, il est bon d’en avoir les fondements empiriques.
Cet article a le mérite de contextualiser le cinéma américain actuel, de rendre intelligible au public français la place des super-héros dans l’imaginaire américain, par exemple, et surtout de mettre en question l’entertainment se nourrissant clairement des tensions internes des Etats-Unis. Il faut croire le dessinateur Frank Miller lorsqu’il dit que les super-héros sont les dieux grecs de nombre d’américains, il faut mesurer l’impact sur le public de ce cinéma sur-distribué (super-héros très en vogue, le cinéma de Stone, le « gauchisme » de Clooney…).
Cette analyse politique bien illustrée par un choix pertinent de films s’inscrit aussi et surtout (et c’est la force d’un tel article) dans une analyse de fond du monde idéologique américain. Vivant moi-même dans le Mississippi, je peux observer chaque jour le débat actuel pour les élections de Novembre, c'est-à-dire l’absence totale de réflexion parmi les citoyens américains sur ce qui devrait faire débat : la guerre, le déclin social de notre région. Le débat s’est déplacé sur des questions morales telles que l’avortement, le mariage homosexuel. Vous le savez bien. Le débat citoyen est nul. La guerre est devenue normale, l’idéologie « défensive » dominante et la volonté de replis communautaire est largement partagée. La théorie du choc des civilisations, schéma simpliste, fait parti des constantes tacites des discours de gauche comme de droite. Cet article montre bien comment un faux débat s’est mis en place, sur fond de consensus droitier. Hollywood produit du cinéma « pour tous les goûts » politiques au sein d’un même et unique espace idéologique : celui de l’après 11 septembre. Espace sécuritaire, de surveillance (le viol du premier amendement avec les écoutes téléphoniques, la lecture des fichiers informatiques n’a tenu en haleine la population que le temps d’une brève CNN), désir de vengeance ou inévitable soumission à « something greater than yourself » (livret de propagande de la national guard), tout ceci a conduit à faire d’une majorité d’Américains votants une majorité d’Américains sans désir de changement, de rébellion, ni formelle, ni même idéelle. Mais un tel espace consensuel n’est pas né d’une rupture due aux attentats (l’article montre comment Hollywood traduit les inquiétudes américaines actuelles, sans faire du présent le mode absolu de tout jugement, l’histoire intellectuelle est subtilement prise en compte).
Il est ainsi important de voir que la production culturelle médiatique et artistico-industrielle prend ses racines dans une histoire complexe et dense. L’après 11 septembre n’est pas une parenthèse, il n’y a pas de rupture fondamentale avec le passé américain. La politique de l’actuelle administration était maintenue en puissance dans maints domaines de la vie politique, publique, judiciaire et constitutionnelle. La matrice religieuse, la vision prophétique de la nation ne sont pas que l’apanage dune « bande de fous » qui aurait volé le pouvoir. Ces facteurs font partie de l’idéologie populaire américaine, Hollywood les traduit à sa façon. Les trois auteurs de l’article Superman et le 11 septembre décryptent le langage codé d’une industrie qui apparaît alors pour ce qu’elle est, à savoir une fabrique de fun, de distraction des problèmes essentiels. Il est bien clair qu’Hollywood ne prend plus position ou quand les producteurs mettent la main dans le jeu politique, c’est avec une mollesse sans pareil.
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18.10.2006

Ouvrir

Il tomba au plus profond du silence et se mit à envier ces hommes pour qui le monde s'était couvert de possibilités radicales. Il se mit à maudire l’époque, cette parenthèse vide, le crime nacré. Il serra sa tête entre ses paumes humides, l’appel se faisait de plus en plus lointain.

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