31.01.2006

En voiture avec P.

Étrange et passionnante conversation sur les revenants avec P., basée sur l’autobiographie de Jung. Sentiment d’entente sur la question de l’esprit et sur son mode d’apparition. Sur la présence effective de la mort, sans métaphysique de bazar. La mort dans la relation vivante à autrui. Les visages, et les êtres d’un monde passé dans l’oubli peuvent revenir au présent grâce à une image mentale. Ce que Jung nomme imago, ce prototype inconscient de personnages, effigie des morts, qui détermine la façon dont le sujet appréhende autrui. Image d’une personne ou d’une partie d’une personne, l’imago est situé entre l’inconscient et le conscient et se meut des obscurités de l’esprit vers la clarté relative de l’écrit (pas dans le vécu immédiat, ou alors rarement). L’imago est l’image du mort, le masque mortuaire : les Romains, pour perpétuer la mémoire de leurs défunts prenaient leurs empreintes avec de la cire afin d’en faire un masque. Ces imagines, figures de cire reproduisant à l’identique le visage du défunt, étaient ensuite sorties pour les commémorations, une fois le deuil effectué. La psychanalyse jungienne a repris cette métaphore pour nommer l’empreinte inconsciente que nous gardons d’une personne et qui perturbe la vision ou le souvenir d’autrui. Façon de dire que la mort est au cœur de la relation à l’autre, de manière déplacée. Les gestes de P. comme ceux de l’oncle F. cueillant des agrumes dans le jardin de Pépé à Solenzara.

 

Abrutis

120 oiseaux rares retrouvés morts, égorgés, dans l’une des plus belle réserve naturelle d’Europe. Des oiseaux qui ne pouvaient voler à cause du grand froid avec lesquels un groupe de « jeunes » a joué au football. La chasse en 4x4, le tourisme bêtifiant, boites de nuit, bars, hôtels modernes. Le souillon abruti qui pourrit les campagnes, abreuvé de télé, de musique caca-chien et de rêves automobiles. J’entre pas dans les détails, mais l’une des zones naturelles les plus incroyables, dont les sols regorgent de ruines anciennes, dont les surfaces sont balayées par des mammifères étranges, est en train de sombrer à une vitesse vertigineuse. Le Barbare moderne et le « progrès », cette pesante idée bourgeoise… Pas temps en ce moment, mais je vais étoffer tout ce qui est en chantier, tout de même. Colère et amertume.

 

29.01.2006

Rouille

Couper les antennes de télé puis en faire des rateaux, mettre Drucker comme caissière à Mammouth 24 heures sur 24 sans droit à la pause, même pipi, obliger BHL à manger un de ses livres en courant cul nu dans un Brico-Dépot à Laval, forcer Douste-Blazy à aller au chevet de Sharon déguisé en Hitler et faire chanter une reprise dance de "les bals populaires" de Sardou par Tarik Ramadan tous les jours, huit fois par heure, dans le bus Lallaing-Waziers. Ce sont mes voeux pour 2006.

 
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Et faire manger un chat au jus tous les jours à Ségolène Royale jusqu'aux présidentielles, pour voir si qu'elle a vraiment l'étoffe d'une championne !

Hattiesburg

Vu hier soir, T-Model Ford et son camarade batteur Spam. Blues hypnotique, fait par deux vieux messieurs qui frôlent les 170 ans à eux deux. Paroles improvisées, "I wen' up on the hill, a glass a water, I had to go back, and a glass of water..."

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T-Model Ford

 

 

 

L.C. Ulmer, 82 ans, superbe voix, guitariste génial, d'une simplicité désarmante. L.C. était garagiste, pendant environ 60 ans. En guerre depuis 1962 avec l'autre figure locale du blues, un dénommé T-bone qui jouait le soir même dans un bar pas loin de là (T-bone joue très bien aussi, mais ne fait que des reprises, peut-être pour ça qu'il n'a jamais tourné ailleurs que dans Hattiesburg. Fabuleuse reprise de "yes indeed" de Ray Charles, par ailleurs...). en guerre pour une histoire de femmes, L.C. lui ayant piqué la vedette lors d'une pause, pendant un concert. Tout à fait probable, L.C. seul, c'est un présence lourde, envoûtante, une forme directe et sensible de pensée émotive. Mais de jeunes gens ont eu la bonne idée de venir "accompagner" le vieux monsieur lors de ce concert, bousillant quelque peu les morceaux de L.C. avec d'interminables solos, aussi usant que ceux d'un Clapton fin de carrière. Mais au moins, dix minutes seul à la fin, à minuit, alors qu'il restait cinq personnes dans la salle. Une longue chanson, d'un calme absolu, une chanson religieuse, qui dans la bouche du vieil homme, prenait tout son sens poétique et métaphorique. Le corps qui en vibre encore...
 

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L.C. Ulmer

26.01.2006

Rien

Dormir sur de la moquette aiguilletée polyanée dans le Saint-Maclou de Noyelles-Godault, vider une bouteille de Jeanlain chaude assis sur le bord du trottoir devant la gare de Montigny-en-Ostrevent ou dorer comme la merde au soleil sur une plage à Biarritz. Tout sauf lire La mort dans l'âme de Sartre.

 

Violence

Li y a du brin plein sa gamelle

Pis du gras d'kien plein sin orelle

Li y m'degoute pis que d'la nasse

J'va buquer s'tiete contre ene pilasse

Roger

Roger, le fils de Marie, avait du en voir de sacrées pendant la guerre. Jamais été bavard, plutôt porté sur le goulot (paraît qu’il pouvait mâcher un verre si on lui offrait deux ricards au bistrot d’la barrière). Faut croire que l’armée l’a pas arrangé non plus, il en est revenu encore plus fêlé, selon les mots de sa sœur. Un jour de 1962, un gendarme est venu prévenir Martine, qui entre temps était devenue sa mère, que son fils avait été pris en train de faire des graffitis sur les murs de la gare de Douai. « OAS vaincra », « Algérie Française ». Roger avait pourtant sa carte au Parti Communiste. Mais toujours est-il qu’il s’était acoquiné avec des types dangereux qui l'utilisaient pour de basses besognes. Son frère, François, était alors sur le front. Paraît qu’à son retour, il a mis une sacrée torgnole à Roger.

 

25.01.2006

Marchandage

He's got the head of a used-car dealer from Dallas. But he's trying to tell us how to use the new technologies in our classroom. What a dork !  What the kids need is to learn how to write in english... I'm so sleepy, behind my computer, listening this poor goofy speecher.

 

24.01.2006

Trou

Audition. Encore un spectacle divertissant, mais sans réelle profondeur, intriguant tout de même. Ce jeu de la perte du spectateur en mêlant les formes de récits, onirique et conventionnel/chronologique, ne fonctionne pas. Esbroufe formelle, scènes « insoutenables » pour vendre le produit, mais tout de même un certain sens de l’efficacité. Miike tourne à la pelle, dans toutes sortes de genre, le bonus sur le DVD d’Audition nous montre un homme préoccupé par les parts de marché, par les cibles que ses films vont rencontrer. Je ne boude pas les films de Miike, certains ont plu au spectateur placide et fatigué qui se délasse devant son téléviseur, personnage pantouflard que devient parfois le d’Artois. Suite plus tard, je retourne au bureau.

 

Voir le dossier dans le dernier numéro de la revue Tausend Augen.

 

 

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23.01.2006

Quartiers nord de Natchez

Alors que s'approche l'orage, nous contemplons les forets minuscules qui poussent dans les caniveaux. Les magasins fermes, c'est dimanche, depuis vingt ans. Les usines abandonnees, il commence a pleuvoir. Un petit tour de Natchez .

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(ps pour le Maure Heuristique : cette fois on peut cliquer sur les vignettes pour les agrandir, progres de la science)

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